Quand agilité rime avec solidarité

En cette période chaotique d’épidémie de Coronavirus, on attend beaucoup de l’Etat, des régions ou des départements. On oublie un peu vite le rôle majeur des Maires de France. Ces derniers sont en prise direct avec la population et l’on peut aisément faire un parallèle entre entreprise-managers-salariés et Maire-conseillers municipaux-agents municipaux.

Ainsi à Issy-Les-Moulineaux, ville ultra connectée primée plusieurs fois Smart City, sous l’impulsion de son Maire, l’emblématique André Santini et de son équipe, s’est mis en place une organisation remarquable à l’intention des personnes fragiles et isolées, dont les anciens.

Certes, la volonté est là, mais comment faire quand il y a un confinement et l’impossibilité de se réunir, pour toucher au concret et mettre en place cette aide précieuse.

C’est là qu’intervient l’agilité managériale et l’utilisation maximisée des nouvelles technologies.

Le maître mot est probablement dans ces circonstances, organisation, alliée précieuse de la clarté.

Avec Ludovic Guilcher, Maire-adjoint en charge des affaires sociales et de la santé, par ailleurs cadre dirigeant dans un grand groupe, s’est constitué une équipe resserrée de quatre personnes pour assurer l’organisation de la permanence du Libre-Service Social (une sorte de Resto du Cœur de la ville), mais aussi et cela est spécifique à la crise, un service de liaison et de livraison auprès des personnes fragiles.

Évidemment, les premiers au front sont les agents de la Ville, dont il n’est plus utile aujourd’hui à Issy-les-Moulineaux de rappeler l’engagement total au service de la population.

Pour autant, il nous fallait des volontaires bénévoles pour faire ‘’tourner’’ la machine en renfort et éviter l’épuisement des agents.

Plusieurs sources de bénévoles dont ceux investis tout au long de l’année, les inscrits volontaires du Service Civique et les volontaires ayant répondu à l’appel de la Mairie via une adresse email dédiée. Le succès est total avec une offre de service très largement supérieure aux besoins. Une population de volontaires bénévoles de tous âges, parfois n’habitant pas la ville.

Il fallait dès lors gérer deux points majeurs de l’organisation. La gestion commune du fichier des volontaires, et leur qualification pour assurer la sécurité physique et sanitaires des bénéficiaires.

C’est ainsi qu’avec Johanna, 26 ans, chargée de communication en entreprise, nous avons géré un fichier Excel partagé sur Google Drive pour appeler les volontaires bénévoles. Répartition des tâches, modification et évolution des données en  instantanée, partage des plannings de suivi des interventions.

Ajoutons à cela en dehors des emails, l’utilisation des outils de communication comme Skype, WhatsApp, FaceTime ou Zoom, la petite plateforme qui monte.

Voilà donc à l’œuvre, à travers des outils de liaison et de communication actuels, plusieurs dizaines de personnes travaillant de concert pour assurer la continuité d’une épicerie solidaire, les courses des personnes fragiles confinées et un service d’appel régulier de nos anciens isolés. Les volontaires sont d’abord impliqués au Libre-Service Social pour être ‘’qualifiés’’ par les agents municipaux en terme de sécurité car au contact de personnes fragiles.

Formidable organisation transversale de l’intelligence collective, qui a permis de mobiliser des agents de la Ville, des élus qui travaillent également dans le privé et des volontaires de tous horizons, de tous métiers, animés par le seul but de travailler ensemble et solidairement au service des plus fragiles.

L’organisation de travail post-coronavirus - L’enseignement

L’impact de cette situation exceptionnelle n’est pas neutre économiquement et ce notamment pour tous les indépendants, commerçants, TPE et PME. Il conviendra d’en tirer les enseignements, car des choses intéressantes ont émergé.

Il est probable que le monde du travail va être confronté à un changement de paradigme fort à court et moyen terme.

En effet, cette situation contrainte nous aura obligé, pour assurer une certaine continuité de l’activité, à travailler autrement. Utilisation renforcée des outils technologiques de communication à notre disposition, télétravail, modification des us & coutumes et des habitudes de travail.

Sans entrer dans le détail des points négatifs du confinement comme l’absence de relations sociales et de moments partagés, appliquons nous à relever les (quelques) aspects positifs de cette crise.

- Baisse spectaculaire de la pollution et ce notamment dans les grandes villes (Paris, Bordeaux, Lyon, Marseille, Lille…)

- Baisse très importante du niveau de pollution sonore

- Prise de conscience de l’existence de l’autre et de son utilité dans le cadre de l’organisation des équipes

- Compréhension de l’importance des circuits courts

- Prise de conscience de dépendance des politiques de mono approvisionnements et des approvisionnements mono pays

- Amélioration du niveau d’hygiène (respect d’autrui)

- Amélioration des notions de partage, notamment des informations

- Amélioration du taux d’innovation, des facultés d’adaptation

- Arrêt de la spirale de l’immédiateté au profit de l’efficacité

- Et peut-être, une certaine solidarité.

Il est évident que le travail posté, même s’il doit continuer à évoluer pour en améliorer la condition, ne rentre pas dans le cadre de cette transformation potentielle, à tout le moins pour ce qui est du télétravail.

Dans une région comme l’Ile de France avec sa population densifiée et centralisée, la migration pendulaire, qu’elle se fasse par les transports en commun ou individuels est un problème majeur de santé publique. Stress, fatigue, pollution… Une nouvelle organisation du travail avec un fort développement des possibilités de télétravail, notamment dans les services publics, permettrait de traiter une partie de ce problème et de participer par ailleurs à la baisse des coûts de fonctionnement des structures (bureaux partagés par exemple).

Mais pour se faire, il faudra faire appel à plusieurs notions incontournables pour tutoyer le succès :

Au niveau des entreprises :

- Réorganiser les méthodes de travail

- Développer la notion de contrat Managers-Managés avec une très forte empreinte de confiance mutuelle

- Acter une démarche volontariste de responsabilisation (réelle) des salariés

- Investir dans les outils de communication efficaces, performants et facilitateurs

En dehors de l’entreprise et pêle-mêle :

- Sécuriser les transports en commun, les rendre propres (le taux de pollution du métro parisien est effrayant), et attrayant en terme de coût

- Définir des éléments d’incitations fiscales au développement du télétravail notamment pour les PME-PMI

- Augmenter de manière significative l’infrastructure d’internet sur tout le territoire national, sinon le télétravail sera une utopie

 

Enfin, ça, c’est ce que je pense.

Philippe-Jean Fiedler

Manager de transition SPMS X. Tra. Man

Auteur et conférencier, Le Management Alpha, le management naturel lié à l’Intelligence émotionnelle

 

©Philippe-Jean Fiedler von Kronach - Tous droits réservés - Avril 2020

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