À 53 ans, si t’es au chômage, c’est que t’as raté ta vie !!

 

À la suite de la publication de mon article ‘’Bruno, les Cadres et la dégressivité des indemnités chômage…’, j’ai reçu plusieurs MP dont un témoignage symptomatique de la vraie vie sur le terrain. Ce témoignage n’est qu’un parmi tant d’autres et rejoint la masse conséquente de témoignages similaires entendus lors de mes participations à divers évènements, dont notamment un récit assez glaçant concernant un poste de Direction Marketing d’un grand groupe mondial de cosmétologie : dans ce groupe et particulièrement pour une femme, à 45 ans, tu es vieille. Tu es donc priée gentiment d’aller voir ailleurs, s’ils emploient le 3ème âge !!! (sic).

 


À gauche Jeune femme trentenaire – à droite Vieille femme de +de 50 ans

 

Le témoignage : Marc 53 ans, Directeur Commercial depuis 15 ans en Ile de France. Commercial itinérant à l’âge de 24 ans, Chef de secteur, DV, Chef des ventes National et Directeur Commercial. 30 ans d’expérience de la vente dans son domaine et près de 20 ans de management d’équipes. Technique, adaptable, possédant un très bon niveau en anglais et très à l’aise avec l’informatique.

Licencié économique il y a 7 mois, juste avant son anniversaire, comme un cadeau, après 8 ans dans l’entreprise, un groupe Européen.

Marc a souvent entendu qu’après 50 ans dans ce beau pays qui est la France, ce n’est pas évident de retrouver du travail. Lui, jusqu’à présent, il a toujours su rebondir.

Il a entendu à la télévision le Président Macron et son analyse fine de la technique pour trouver un job. Il a donc décidé de suivre le conseil et de traverser la rue, voire même les départements et pourquoi pas les frontières.

Il est sur LinkedIn, inscrit sur les sites web des cabinets de chasse de tête, sur l’APEC, Indeed, Glassdoor, etc... Il a suivi plein d’ateliers pour (re)faire son CV et les lettres de motivation qui vont bien et doivent retenir l’attention des chasseurs, des recruteurs, des RH. Il a même été voir ‘’Paul Emploi’’, qui lui a fait comprendre que son arsenal est parfait et qu’il trouvera probablement quelque chose, bientôt (sourire). A la question « en quoi pouvez-vous m’aider pour trouver un job », la réponse a été brève : « faites les annonces et demandez à votre réseau »

Traduction de la langue de bois policée : ‘’tu te démerdes tout seul mon gars, on est pas là pour ça’’

Oui, ça choque cette phrase, mais croyez-moi elle est bien réelle et il faut savoir appeler un chat, un chat.

Rien ne marche très fort les 3 premiers mois et Marc ne sait pas encore que sur LinkedIn et les sites des cabinets de chasse de tête, l’IA a pris la main des lectures 1er tri.

Les CV sont gérés par des algorithmes, 01010153010101, et il faut avoir les bons mots clés et surtout le bon âge. Il en est de même pour les lettres de motivation, évidemment.

Un peu dépité par la situation et en bon commercial optimiste et opiniâtre, Marc décide après une discussion avec un ami, de s’adjoindre les bons offices d’une coach certifiée, spécialiste de l’outplacement. Elle ne lui cache pas que l’âge risque d’être un facteur pénalisant ‘’aggravant’’ et qu’il faudra peut-être envisager des solutions alternatives.

Aggravant, le mot est lâché. ‘’Mais les compétences ? Mon expérience ?’’ s’étrangle Marc !!

Ancienne chasseuse de tête en cabinet de chasse Middle et Executive level, la Coach certifiée s’est réorientée professionnellement, car elle en avait assez de ne pas pouvoir dire aux clients la réalité : ‘‘ah non désolée, un candidat avec 25 ans d’expérience, manager, commercial avec une expérience à l’international et âgé de 35 ans au prix d’un junior de 25 ans et ayant fait l’école X, Y ou Z, je ne sais pas faire’’

Son Boss le lui rappelait tous les jours, sans cesse : ‘’l’objectif n’est pas de trouver le bon candidat, mais des candidats selon les critères du client, même si cela est un non-sens, on s’en moque, le but est de facturer. De préférence trouve des candidats en poste, comme cela nous pourrons proposer une autre mission à la boîte dans laquelle nous aurons débauché le candidat’’.- Un ange passe.

’Mais et l’éthique, le conseil au client ?’’ – ‘’Il s’en moque le client, ce qu’il veut c’est nous entendre dire ce qu’il pense lui, qu’il a raison !!’’ – Fermez le ban.

Un de mes contacts me rappelait récemment, qu’un candidat sur 3 ne termine pas sa période d’essai, 1/5 ne reste pas au-delà d’un an. À force de quantitatif, la valeur d’adéquation candidat/entreprise est totalement occultée. À vrai dire, est-elle encore vraiment recherchée ?

Je ne fais pas ici le procès des cabinets de chasse, ni des DRH ou des Dirigeants imposants des critères de sélection subjectifs et sans analyse. Cependant, il est des économies factices.

En quoi un Centralien, un Essec, un Sup de Co serait mieux adapté à un certain travail plutôt qu’un Ipagien ? (je la cite, l’IPAG, normal, c’est mon école de formation), et ceci particulièrement après 15, 20 ou 25 ans d’expérience professionnelle ?

Je rappelais encore récemment, avec un sourire partagé entre affliction et crise de fou rire dans une conférence : «Imaginez quand même que notre belle France conserve une coutume de carnet du jour (la fameuse nécro), des plus admirables. Lors de la parution de l’entrefilet évoquant la disparition d’un proche (dans le Figarooo – pensez à Jean D’O, le dernier Roi Soleil), suit directement après son nom, celui de son école, par exemple :

 

On nous prie de faire part du rappel à Dieu de

Calixte Dugommier

X-Pont 46.

 

Qu’il ait été un homme, un frère, mari, père ou grand-père heureux est accessoire.

 

C’est là que l’on touche l’artificiel, le truqué, l’habillé, l’absurde et que l’on comprend que la société et les sociétés n’ont pas envie du tout de la vérité ou de l’honnêteté, car elles dérangent et demandent des efforts de valeurs et de comportements.

 

Parlons vrai et rappelons que :

- Bien des cabinets de chasse publient de fausses offres d’emploi pour remplir leurs fichiers-viviers de potentiels candidats qui auront la joie de pouvoir lire la fameuse phrase : ‘’Malgré la qualité de votre profil, de votre talent et compte tenu du très grand nombre de candidatures…’’

Il semblerait que près de 50% des annonces soient des fakes.

- Évidemment, les sites comme Indeed, l’Apec, etc… sont faits du même tonneau puisque ce ne sont généralement que des empilages d’annonces que l’on retrouve ailleurs.

- Pour LinkedIn, bien que le site semble vouloir mettre l’accent fortement sur cette dimension, le matériel de base étant potentiellement vérolé, il est probable que des offres soient en partie bidonnées.

- L’absence de vérification des diplômes et des parcours est aussi un énorme problème qui génère bien des désillusions par la suite.

 

On m’a rapporté l’anecdote suivante. Deux personnes travaillent dans la même entreprise, même service comme Etam. L’un part et ne sera regretté par personne car toujours à se défausser, rejetant systématiquement ses manques sur ses collègues. Un an plus tard le 2ème postule, sans le savoir, au même endroit que son ancien collègue. Embauché comme Etam et ayant fait un peu d’encadrement, on lui assure que dans 2 ou 3 ans, il pourra passer Cadre et continuer sa progression. Il découvre que son collègue a été embauché comme Cadre et non comme Etam avec la responsabilité d’une équipe de 30 personnes. Dans son C.V., il avait indiqué qu’il manageait déjà une équipe de 40 personnes depuis 3 ans, ce qui était faux. C.V. bidonné, non vérifié et une ambiance très mauvaise au sein de l’équipe avec un turnover important. Personne ne s’est posé la question du pourquoi du comment et surtout pas le DRH, car il ne pouvait avouer à sa Direction s’être fait bidonner et manipuler. Et pourtant, il sait.

Alors, comme je le dis dans mon ouvrage sur le Management Alpha.ie, l’âge est une notion très aléatoire.

 

En ce qui me concerne, j’ai 57 ans cosmique, j’ai 35 ans d’expérience, un enthousiasme de trentenaire et une pêche de Quadra. Je suis un QuinquAdo assumé et j’adore travailler avec toutes les générations, ce qui est hyper enrichissant.

 

À lire la chronique d’Élisabeth Giret-Bertrand, dans le Harvard Business Review : Non, la vie professionnelle ne s’arrête pas à 50 ans, dont la conclusion est citée ci-dessous (HBR 29/08/2016)

 

Les 6 atouts des plus de 50 ans

1. Une garantie de fidélité à l’entreprise. A plus de 50 ans, on y regarde à trois fois avant de quitter son l’entreprise.

2. Une expérience professionnelle irremplaçable. C’est un fait incontournable : en 30 ans de carrière, surtout en cas de parcours diversifié, on a été confronté à plus de situations différentes qu’en cinq ou dix ans, on est donc plus à même d’affronter des problématiques très diverses, qu’elles soient stratégiques ou opérationnelles.

3. Un gain de temps. Corollaire du point précédent : pas besoin de longs discours ni de formations coûteuses lors de la prise de fonction, l’expérience acquise rend immédiatement opérationnel.

4. Une stabilité émotionnelle supérieure. Plus de décisions sur un coup de tête, avec l’âge on prend du recul. Ce qui peut être utile en période crise.

5. Une disponibilité supérieure. Plus d’enfants à gérer, plus de sport à haut niveau, moins d’obligations financières… On est en fait plus mobile avec l’âge.

6. Fini le carriérisme. A plus de 50 ans, les enjeux de pouvoir et les petits jeux stériles de la politique interne n’intéressent plus : on est plus tourné vers les résultats que vers les ragots et les complots.

 

Et aussi :
Témoignage: Margaux Gilquin, senior et demandeuse d'emploi, Par Fayçal Labadi le 08 juillet 2016

Ils ont décroché un CDI… à plus de 60 ans, Céline Husetowski, du 07/08/2018 – Cadre Emploi

 

 

 

 

©Philippe-Jean Fiedler von Kronach - Tous droits réservés - Juillet 2019

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